La
production végétale
Au
Néolithique, l'homme a pu se sédentariser, grâce à
la découverte de la culture des céréales, plantes
dont les graines sont à la fois riches en amidon, donc en énergie
métabolisable, et sèches (15% d'eau, au maximum), donc faciles à
stocker et à transporter. Selon les régions du monde, des céréales
appartenant à différents genres de Graminées (ou Poacées)
ont été découvertes dans la nature, puis améliorées
par la sélection et l'hybridation :
les blés (épeautre, froment = blé tendre, etc.), accessoirement
les orges, le seigle et l'avoine, en Galilée, à partir de 23 000
ans avant notre ère (donc dès le Paléolithique), également
issus de croisements spontanés et d'augmentations accidentelles du nombre
de chromosomes ; les blés et le seigle sont panifiables (élaboration
de pâtes à pain), l'orge dans une moindre mesure ;
le riz, en Inde (riz indien), en Chine méridionale ou au Japon (riz japonais),
vers 8 000 ans avant notre ère ; c'est la seule céréale
réservée à la consommation humaine ;
le maïs,
en Amérique Centrale et dans le nord de l'Amérique du Sud, vers
4 000 ans avant notre ère, une plante incapable de se reproduire sans
l'aide de l'homme, issue d'une hybridation naturelle mystérieuse ;
les mils et les
sorghos, dans le Sahel,
tandis que d'autres populations se contentaient de
tubercules et de racines (organes de réserves souterrains) : pommes
de terre, manioc, patate douce, igname, taro, etc., de conservation limitée
et moins riches en énergie par unité de poids. On peut y ajouter
le « riz des Incas » (quinoa), le palmier dattier et la
banane plantain. Riz, blé et maïs fournissent actuellement près
de la moité de la ration énergétique de l'humanité,
mais le maïs sert principalement à nourrir volailles, porcs et vaches
laitières.
Quinze plantes cultivées fournissent 90% de la ration
alimentaire humaine. Beaucoup de ces plantes ont été répandues
dans le monde à partir d'une aire d'origine restreinte, mais les régimes
alimentaires demeurent variés selon les régions du monde, en raison
de différences dans le climat et la disponibilité de l'eau.
L'augmentation
de la biomasse humaine
L'ensemble
des plantes cultivées a permis, depuis la « révolution
néolithique », un accroissement exponentiel de la population
humaine. La biomasse humaine a augmenté parallèlement à celle
de la production végétale, en particulier l'amidon des céréales,
ce glucide étant notre source d'énergie la plus saine et la plus
digeste. C'est ainsi que la population mondiale a atteint les 50 millions à
la fin du Néolithique, 3 000 ans avant notre ère. Les grandes
civilisations antiques l'ont fait grimper à environ 200 millions d'habitants,
puis le Moyen-Âge à 500 millions. Vers 1900, nous n'étions
encore qu'un milliard et demi. Nous en sommes à 6,773 milliards (en juin
2009), et la prévision pour 2050 est de 9 milliards. Consultez les statistiques
permanentes du Worldometer.
Rendements
et intrants
L'augmentation
des rendements par unité de surface est la principale raison, ou
conséquence, de cette surpopulation. La surface des terres cultivables
diminue lentement, malgré une déforestation massive (15 Mha par
an). En 2006, la surface des terres agricoles travaillées était
d'environ 1 500 Mha (millions d'hectares). On en perd chaque année
13 à 14 Mha par érosion, désertification, salinisation (due
à l'irrigation), abandon des terres les moins rentables, périurbanisation
et construction d'infrastructures. Le pourcentage d'agriculteurs a fortement diminué dans
les pays industrialisés, où il tend à se réduire à
2-3% de la population active. Mais il reste de 46% des actifs dans le monde et
continue de croître. Le métier d'agriculteur est le plus répandu
de tous.
L'agriculture a utilisé successivement trois sources d'énergie :
(1°) la force musculaire humaine, (2°) celle des animaux domestiques (attelage
de bufs, cheval de trait après l'an mil), (3°) les hydrocarbures
fossiles (pétrole et gaz naturel). La « révolution verte »
des années 1960 (mécanisation poussée, usage massif des engrais
et des pesticides, meilleure gestion de l'eau, amélioration
génétique des céréales) a parachevé cette évolution.
Mais les rendements par unité de surface plafonnent.
Quant aux rendements
par unité d'énergie dépensée, ils sont devenus
très mauvais en raison même de la mécanisation, entièrement
fondée sur l'utilisation des hydrocarbures (tracteurs et autres machines,
usines de fabrication d'engrais, de pesticides et autres intrants, c'est-à-dire
les produits utilisés par l'agriculteur et ses fournisseurs). Comme l'épuisement
des réserves d'hydrocarbures est en vue, la sécurité alimentaire
de l'humanité n'est plus assurée.
La
guerre commerciale et la dépendance alimentaire
Les
pays exportateurs de denrées alimentaires (USA, Europe, Brésil,
Argentine, Canada, Australie) sont en vive concurence sur le marché mondial.
Leurs productions végétales visent à répondre à
la fois à la consommation humaine (riz, blé) et à la consommation
des animaux domestiques, qui sont le plus souvent élevés d'une manière
intensive pour leur viande, leur lait, leurs fromages et leurs ufs (soja,
maïs, orge, colza, etc.). Les exportateurs américains sont également
producteurs d'oléagineux (colza, soja, arachide), de coton (USA) et contrôlent
la production des fruits tropicaux (USA). Leur intérêt consiste à
casser les prix pour éliminer leurs concurrents, et à introduire
de nouvelles variétés, exclusives, telles que des variétés
« génétiquement modifiées » (plantes OGM)
par l'emploi des techniques récentes de la biologie moléculaire,
qui consistent à modifier l'ADN, porteur des caractères héréditaires.
L'Europe s'est rendue
gravement dépendante de la fourniture de protéines végétales
pour ses élevages, surtout sous la forme de tourteaux de soja, en
provenance des USA (50 Mha), d'Argentine (17 Mha) et du Brésil (plus de
10 Mha cultivés). La Chine en importe également (tourteaux et graines
à triturer pour faire de l'huile). Au total, les importations de soja s'élevaient
à 37 Mt pour 2005. Ce soja est à 80% un OGM tolérant au désherbant
glyphosate, ce qui permet sa culture en semis direct, sans labour (économie
de temps, de carburant, et limitation de l'érosion). Un seul traitement
désherbant suffit, à dose massive toutefois. Le propriétaire
des champs a le temps d'exercer d'autres activités professionnelles et
de partir en vacances. Il peut même se décharger entièrement
des tâches agricoles sur des sociétés spécialisées
et aller résider ailleurs.
Les aléas climatiques, la surpopulation
et les guerres déclenchent encore, dans certains pays, des famines, que
l'aide alimentaire atténue, dans la mesure où les moyens
de transport sont suffisants et la mobilisation assez rapide. Seuls quelques pays
sont capables de produire des surplus agricoles en quantités appréciables,
essentiellement des surplus de blé : USA, Canada, Europe, Australie,
Argentine. La production de blé n'est stable que dans les plaines de l'Europe
occidentale, surtout la France (Bassin Parisien).
Ces pays exportateurs de
céréales cassent les prix. Ils découragent les productions
locales de leurs clients. Le prix du blé a été divisé
par 3 depuis 1950. Il en est de même pour d'autres productions, comme le
coton (USA). Assez riches pour soutenir leurs agriculteurs par des prêts,
des subventions et des aides variées, ces pays s'assurent une grande marge
de sécurité alimentaire, mais pèsent sur l'avenir des pays
non industrialisés. Plus d'une cinquantaine de pays, pas forcément
pauvres (Japon, Algérie, etc.), sont devenus complètement dépendants
de l'importation de céréales pour l'alimentation humaine (blé,
riz). Pire, ces importations modifient les habitudes alimentaires locales, d'une
manière qui risque de devenir irréversible (par exemple, manger
du pain dans un pays tropical !).
Les pays exportateurs espèrent
tirer profit des besoins qui seront créés par l'augmentation continue
de la population mondiale et la dépendance croissante de ces pays. Le prix
du blé pourrait bien remonter alors ! Sauf
en ce qui concerne l'Europe, très réticente, ils assurent la promotion
des OGM dans le monde, soutenant l'idée que les OGM sont indispensables
pour nourrir la population des pays à démographie incontrôlée,
qui sont déjà pauvres, détruisent leurs terres et sont en
permanence menacés de famine.
C'est une idée totalement fausse. (Voir, par exemple, dans Nature,
vol. 460, n° 7257, 13 août 2009, pages 797-798, la critique du livre
de Robert Paarlberg, Starved for Science: How Biotechnology is Being Kept Out
of Africa, publié en 2008 par Harvard University Press).
L'ADN
des OGM est artificiel
Contrairement
à ce que les partisans des OGM affirment souvent, la modification génétique
subie par un OGM végétal est bien différente de celle qu'on
obtient depuis longtemps par le croisement et la sélection artificielle.
Cette modification consiste à insérer dans l'ADN, non seulement
un ou plusieurs gènes, préalablement modifiés, mais toute une
suite de segments d'ADN formant une « cassette ». Les
extrémités de la cassette sont des séquences d'ADN artificielles,
destinées à l'isoler des gènes naturels les plus proches,
afin que son fonctionnement ne soit pas influencé par ces gènes
(suppression de l'effet de position). Le gène qui est visé par la
modification est d'origine étrangère (par exemple, bactérienne).
On lui adjoint un promoteur pour le faire fonctionner, promoteur lui aussi
étranger à l'espèce cultivée. D'autres séquences
permettent, (1°) d'assurer le transport du produit du gène modifié
(protéine modifiée) vers un compartiment cellulaire bien défini
(« étiquetage »), et (2°) de rendre cette production
permanente (on dit qu'elle devient « constitutive »)
et suffisamment abondante (contrôle de son niveau d'expression).
L'ensemble des séquences d'une cassette d'ADN est donc une construction
artificielle hautement élaborée et compliquée.
Mais ce
n'est pas tout ! On l'introduit au hasard dans le génome, ce qui fait
que le gène naturel n'est pas remplacé (la seule espèce où
l'on sait le remplacer proprement est la souris, pour l'instant ; c'est alors
une recombinaison homologue, sans cassette).
La technique courante
de production d'OGM végétaux s'est toutefois amélioée,
dans la mesure où l'on n'utilise plus guère de gènes de sensibilité
aux antibiotiques pour réaliser la sélection des souches cellulaires
qui présentent les caractéristiques voulues.
La plante est reconstituée
in vitro à partir d'une culture cellulaire, puis mise en terre et reproduite
normalement. Bien que la fiche technique ne soit plus actuellement en ligne sur
Internet, nous avons noté le cas d'un OGM obtenu en introduisant deux
cassettes différentes dans la même cellule de maïs, pour lui
conférer la résistance au désherbant RoundUp (marque
déposée de Monsanto). Bref, une plante OGM n'est pas comparable
à une plante cultivée normale.
Il est maintenant possible
de cibler un gène
particulier d'une plante grâce à la technique des nucléases
à doigt de zinc (NDZ), récemment décrite (Townsend et coll.,
Nature, vol. 459, p.442-445, 21 mai 2009), mais le premier OGM obtenu de
cette façon est une variété résistante aux herbicides
à base d'imidazolinone et desulphonylurée, ce qui ne nous rassure
pas. Et surtout, on sait que la plupart des caractères intéressants
pour l'amélioration des plantes sont déterminés par des gènes
multiples, en pratique impossibles à cibler.
Vent
de panique dans l'Union Européenne
Les
consommateurs américains ont accepté les aliments OGM, qui sont
devenus courants dans leur pays. Mais les consommateurs européens ont un
point de vue opposé, ce qui a conduit l'Union Européenne (UE) à
bloquer la commercialisation de ces OGM depuis 1998 (moratoire européen),
pour mettre d'abord en place des règles d'étiquetage, permettant
au consommateur de choisir : à partir d'une teneur de 0,9% en OGM,
un aliment doit mentionner leur présence. C'est beaucoup trop : la
limite de détection actuelle est de 0,1 %. De plus, tous les produits
alimentaires, OGM ou pas, sont soumis en Europe à des règles
de traçabilité, c'est-à-dire que leur origine doit être connue,
et même leur mode de production. Ceci depuis la crise de la maladie de la
« vache folle ». Ces règles compliquent et freinent
les échanges commerciaux, au grand dam des Américains, principaux
exportateurs d'OGM végétaux (66% de la production en 2002). De plus,
la culture de ces OGM dans l'UE est pour l'instant réduite à quelques
essais, en catimini, sans commercialisation. Cette situation inquiète les
agriculteurs européens, en particuliers français, qui redoutent
d'être surclassés par leurs concurrents. Elle irrite aussi les chercheurs
impliqués dans ce type de travail de laboratoire, qui se sentent freinés
ou bloqués dans le développement de leurs carrières.
Lisez
le communiqué de presse
de France Nature Environnement à ce sujet (5 octobre 2005) !
Les
dangers des OGM sont maintenant (2010) évidents
Les
caractéristiques agronomiques et les avantages économiques ou environnementaux
supposés des plantes OGM ont été examinés en détail
dans un rapport de l'Agence française de sécurité sanitaire des
aliments (Afssa) (site http://www.afssa.fr/). Il en ressort que les avantages
des OGM dont pourraient disposer les agriculteurs français sont très
douteux. Ce rapport contient également des données toxicologiques
très intéressantes sur les pesticides. Vous pouvez le télécharger
ici (fichier PDF, 536 Ko).
Je vous propose également de consulter ma mise au point sur la question
des OGM (fichier PDF, 132 Ko), mon argumentaire
contre leur usage (fichier PDF,
48 Ko), et un article récent.
Et également un courrier
de lecteur adressé à Nature le 2 juin 2005.
À
noter qu'un article scientifique publié fin 2007 dans l'un des périodiques
les plus prestigieux (article d'Emma
J. ROSI-MARSHALL et coll., dans PNAS) a pour la première fois
démontré que les résidus d'un maïs transgénique
contaminent massivement les cours d'eau voisins et que l'insecticide naturel BT
qu'ils contiennent affectent la croissance des insectes aquatiques ! D'autres
surprises du même genre sont probables, lorsque des chercheurs aussi compétents,
bien soutenus financièrement, pourront aborder ces questions . La biodiversité
est donc réellement menacée par les OGM de plein champ.
La
vidéo http://video.google.fr/videoplay?docid=-8996055986353195886, n'est
plus en ligne ! Elle dénoncait la faiblesse de l'Union Européenne
et de nos responsables nationaux, élus ou experts inclus, dans le cas d'un
OGM soupçonné de provoquer des lésions cellulaires chez le
rat.Cette vidéo nous apprenait par ailleurs que le rat est la seule
espèce sur laquelle on effectue les tests de toxicité d'OGM.
Ces expériences ne durent que 90 jours, alors que notre alimentation risque
d'être contaminée par les OGM sans espoir de retour ! Une autre
vidéo en ligne est apparue en août 2007 : « Le
pollen de la discorde ». Elle explique très bien les raisons
que nous avons de refuser les maïs OGM du type BT, qui contaminent les abeilles
et les cultures bio. Les mensonges des propagandistes des OGM y sont pleinement
mis en évidence ! Je vous la recommande chaudement.
Consultez
aussi le site gouvernemental sur les OGM.
Un
succès très mitigé pour les OGM dans le monde (2008)
L'idée
d'un succès mondial irrésistible des OGM agro-alimentaires est répandue
par leurs partisans, de telle sorte que l'agriculteur français se sente
dépassé par le Progrès et devienne de plus en plus enclin
à céder au chant des sirènes pro-OGM. Or,en 2008, les surfaces
plantées en OGM ne dépassaient pas un million d'hectares (1 Mha)
dans 17 des 25 pays qui en cultivent. Près de 80 % des OGM se trouvaient
dans trois pays seulement : les USA (62,5 Mha), l'Argentine (21 Mha) et le Brésil
(presque 16 Mha). Et la plupart étaient des variétés Bt (maïs,
coton) ou tolérantes au glyphosate
(soja). Ce ne sonc que des cultures commerciales, industrielles, , alors que les
pays obligés d'importer leur alimentation auraient besoin de variétés
adaptées à leur propre climat et aux pratiques locales, donc sélectionnées
sur place. Ceux qui le font ont déjà remportés des succès,
qui ne doivent rien aux OGM.
Je recevrai bien volontiers vos remarques et interrogations.
Jean
Mellinger (12 novembre 2010)