Géologie : le massif du Champ du Feu (étude détaillée)

 

Bandes successives, du S au N :

Schistes et phyllades de Villé
D'âge indéterminé (précambrien à ordovicien), ils chevauchent la nappe suivante ; ils sont masqués au S-O par un lambeau de couverture permo-triasique (portant le Climont et le Voyemont), déchiré au niveau de la « fenêtre » du Hang.
Schistes de Steige
Ces schistes siluriens de couleur brune rougeâtre sont facilement reconnais-sables sous leur forme typique le long de la route du col de Steige ; à la sortie de Ranrupt, on peut voir leur métamorphisation, mais cette transformation est particulièrement spectacu-laire entre Andlau et Le Hohwald (schistes noirs, puis tachetés, enfin durcis en cornéennes) ; à droite du Climont, les schistes de Steige émergent sous la nappe des schistes de Villé.
Granodiorites du Hohwald
Les deux bandes (rouge clair ou foncé) corres-pondent à des faciès différents. En gros, un granite est essentiellement formé de quartz, feldspaths et biotite (mica noir), une diorite ne contient pas de quartz et le mica est remplacé par une amphibole. Une granodiorite est de type intermédiaire.
Bande de diorites variées, en particulier celle du Neuntelstein
Le Neuntelstein est un rocher situé sur la crête à l'est de la Rothlach (site d'escalade réputé). Sa diorite porphyrique (c.-à-d. à gros cristaux), très typique, est seulement présente (zone en vert plus foncé sur le schéma) dans une partie de la bande, au contact de la granodiorite du Champ du Feu. On en retrouve aussi aux environs de Stampoumont (S-O de Ranrupt). Sinon, cette bande dioritique est formée de diorites fines ou hétérogènes, selon les endroits (en vert plus clair). Les enclaves des diorites hétérogènes indiquent une origine métamorphique. Leur « pâte » est d'origine magamatique.
Granodiorite du Champ du Feu
Granodiorite (présence d'amphibole), bien visible le long de la route de Colroy-la-Roche à Ranrupt, et au parking de la Serva.
Bande médiane du massif du Champ du Feu (d'origine volcanique et volcano-détritique)
Ces roches diffèrent complètement des granites environnants. La principale variété est une roche sombre, bleuâtre, très dure, appelée « roche bleue » par les habitants. La carrière de Saint-Nabor, fermée en 2003, est destinée à être transformée en un parc de découverte naturaliste. Notez que l'affleurement de Saint-Nabor n'est pas dans l'axe du reste de la bande ! Celle-ci est d'ailleurs affectée par les failles transversales coulissantes S-E à N-O, qui traversent toutes les bandes du massif. À Raon-L'Étape, on exploite ce qui semble être l'autre extrémité de la bande volcanique, sous la forme d'une roche très sombre, le « trapp », qui serait un ancien basalte.
Granite de Belmont
Granite rouge à grisâtre, qui peut pésenter des faciès de microgranite (granite saccharoïde, aplite).
Granite à enclaves
D'une teinte violacée caractéristique, ce granite contient par ailleurs des inclusions sombres, de tailles très diverses (parfois de plus d'un mètre). Ce sont des roches volcaniques non digérées lors de la granitisation par le magma. Dans la sous-bande microdioritique de ce granite, la digestion plus poussée de ces enclaves a produit une microdiorite à aiguilles d'amphiboles, d'un type exceptionnel, la fameuse « Nadeldiorit » (on la ramasse sur le chemin qui monte de Wildersbach à la ferme de la Perheux). Près de Grendelbruch, on trouve un granite saccharoïde à deux micas (biotite et muscovite, mica blanc) sur un affleurement très limité. Un granite semblable existe aussi au col du Kreuzweg, au-dessus du Hohwald.
Granite de Barembach (ou granite de Fouday-Grendelbruch)
La carrière typique est celle de la Grande Basse de Barembach (abandonnée) : sur sa halde, on ramasse un granite gris très homogène, typique. Mais il est rouge au Rocher du Corbeau, qui surplombe la route de Natzwiller, à la sortie de Rothau. Dans cette zone, il est sillonné par de grands filons ferrifères, autrefois exploités par l'industrie métallurgique de Rothau. Une galerie de mine est encore visible à l'entrée de Wildersbach (pente à droite, avant le village).
Diorite de Muckenbach–Fouday
Cette diorite ne forme pas de bande continue. Elle affleure au contact du Dévono-Dinantien de la vallée de la Bruche, parfois même dans ces terrains et en plein granite de Barembach (près de Muckenbach, hameau montagnard au-dessus de Grendelbruch). Elle occupe largement le vallon de Russ. Elle forme le Rocher du Cosaque, au-dessus de Rothau, etc.
Dévono-Dinantien de la vallée de la Bruche
Même si l'âge de ces terrains diminue, grosso modo, en allant vers le nord, la structure en bandes n'est plus visible en leur sein. Des failles nombreuses, orientées en tous sens, rendent la stratigraphie de ces terrains difficile. Nous renvoyons au guide géologique régional Vosges–Alsace pour leur étude. Le massif volcanique de Schirmeck-Rabodeau est célèbre. C'est un volcanisme d'arcs insulaires, donc lié à la subduction, comme celui de la bande médiane. Mais il est bimodal, c'est-à-dire que ses laves sont tantôt acides (spilites, kératophyres), tantôt basiques (dolérites/diabases, plus sombres). La bande médiane correspond à une phase ultérieure de la subduction : c'est un volcanisme calco-alcalin.

 

Les granites intrusifs

Granite d'Andlau
Ce batholite (dôme de magma solidifié) est coupé par la faille vosgienne. Granite clair pophyroïde à enclaves sombres. A métamorphisé les schistes de Steige, soit seul, soit après le granite du Hohwald.
Granite de Natzwiller
Magnifique granite porphyroïde à très gros cristaux d'orthose rose, entouré de quelques ramifications (en rouge sur la carte) de nature plus filonienne et variée.
Granite du Kagenfels
Du nom d'un petit château (ruine), c'est le prototype des granites hyperacides : très clair (leucogranite, pauvre en fer, manganèse, magnésium et calcium), riche en silice (76%), très altérable (arène granitique + chaos de rochers arrondis, souvent spectaculaires). Il a pénétré à la fin de l'orogenèse (Permien) dans une grande fissure du massif. Au sud, passage à une roche de type volcanique acide (rhyolite).