La notion de développement durable
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Le développement, au sens politique du terme, est l'ensemble des progrès accomplis par une société, une nation ou l'humanité toute entière : progrès économique, social, technique, scientifique, ouverture au monde et assimilation des connaissances, en vue de parvenir à la paix et à la sécurité, sinon au bonheur !

Ce développement est durable s'il ne tend pas à épuiser les ressources non renouvelables (ressources minières y compris les nappes d'eau fossiles, énergies fossiles, sols et espaces cultivables, espaces constructibles et écosystèmes variés), à consommer toutes les ressources renouvelables (eau potable, énergie hydroélectrique, bois et autres matières végétales, populations végétales et animales exploitées) et à ne pas polluer ou altérer l'atmosphère, les eaux, les sols, les aliments, les sédiments, le fond des mer et même l'espace autour de la Terre.

Nous en sommes loin. Nous agissons comme cette chèvre qui écorce et tue le merisier qui lui fournissait un peu d'ombre !

L'individu a besoin de la protection d'un état fort, même s'il répugne à l'admettre. L'État est le garant du développement de ses ressortissants, qu'ils forment ou non une nation. Dans les états non démocratiques (monarchies, principautés, dictatures de parti ou régimes personnalisés), l'efficacité est parfois maximale, mais l'individu doit suivre ou se trouve écrasé. Dans les états démocratiques (démocraties du type parlementaire, de droit écrit ou coutumier), l'individu peut se défendre contre les abus ou les menaces, mais il n'en a pas toujours les moyens nécessaires (connaissance des lois et règlements, trop nombreux ; motivation et capacité de défendre ses intérêts ; temps et moyens financiers lorsqu'il convient de payer un avocat). Isolé, il n'a que peu d'influence face aux organisations (lobbies, syndicats, partis, etc.).

 

 

« Durable » ou « soutenable » ?

L'expression « développement durable » a été traduite de l'anglais « sustainable development ». La plupart des écologistes se méfient de cette traduction et préfèreraient « soutenable ». Ils craignent que les gouvernements et les élus locaux utilisent l'expression « développment durable » pour faire croire que la croissance économique (mesurée par le PIB) puisse continuer sans aucune limite, tout en préservant l'environnement (c'est-à-dire les ressources). Évidemment, non. Mais comme l'expression est maintenant consacrée par l'usage, donnons-lui le sens qui convient !

 

 

Il n'y a pas de développement durable :

  • lorsque la population augmente sans arrêt
  • lorsqu'on pollue complètement l'eau de la nappe phréatique d'Alsace, ce qui menace non seulement la population qui en consomme, mais les industries agro-alimentaires qui ont besoin d'une eau pure (brasseries)
  • lorsqu'on imperméabilise et pollue toujours plus de surfaces (nouvelles routes, nouvelles vignes, nouvelles zones d'activités et extension des usines sur des terres cultivables, expansion de l'habitat individuel aux dépens de l'habitat collectif)
  • lorsqu'on épuise les ressources énergétiques non renouvelables, par exemple en défavorisant le rail par rapport à la route (les camions sont loin de payer l'usure des routes)
  • lorsqu'on produit de plus en plus de déchets, en particulier des emballages volumineux pour des produits inutiles ou nuisibles à l'environnement (céréales à l'américaine, cosmétiques, lingettes), qu'on ne les trie pas dans chaque foyer, qu'on ne les recycle pas soigneusement, qu'on les met en décharge sans les valoriser, ou qu'on les brûle en dégageant des substances toxiques ou cancérigènes

L'empreinte écologique

L'empreinte écologique d'un pays est la surface nécessaire pour produire les ressources utilisées par ses habitants : nourriture, habillement, énergie, habitat, loisirs, infrastructures de transport.

On peut la calculer pour toute l'humanité (il lui faudrait alors plus de 2 planètes Terre !) ou pour chacun d'entre nous. Essayez !

Vous verrez que vous vivez largement au-dessus de vos moyens.

La perte d'humanité

L'objectif même d'un progrès matériel continu semble difficilement compatible avec celui d'un développement humain véritable, fondé sur le respect de valeurs morales universelles. Certains citoyens, minoritaires, l'ont bien compris et dénoncent l'artificialisation progressive de notre environnement naturel et culturel, la perte de notre relation ancestrale avec la nature et la réduction des générations montantes en hordes de consommateurs frénétiques, totalement conditionnées à travers les médias, dans un cadre mondialisé. Le déficit d'humanité provoqué par ces changements et l'histoire des idées qui ont conduit à cette situation sont parfaitement décrits par le philosophe Alain FINKIELKRAUT dans son livre paru en novembre 2005 :

Nous autres, modernes. Ellipses Editions Marketing S.A., Paris (ISBN 2-7298-2528-2) et École Polytechnique, Palaiseau (ISBN 2-7302-1288-4), 358 p. – Quatre leçons :
• Faut-il être moderne ?

• Les deux cultures
• Penser le XXe siècle
• La question des limites

Les effets de la mondialisation

Le privilège monétaire accordé en 1944 aux USA par les accords de Bretton Woods (abandon de l'étalon-or, adoption du dollar US comme monnaie courante pour les échanges commerciaux dans le monde non communiste) entérinait leur hégémonie. Malgré l'adoption d'un système de changes flottants à partir de 1973 (accords de la Jamaïque, 1976), cette hégémonie s'est maintenue, puis renforcée après la disparition de l'URSS et l'ouverture de la Chine aux échanges économiques internationaux. La Banque Mondiale, le FMI et l'OMC (qui a pris la suite du GATT) sont des organismes indépendants, chargés de la régulation des échanges. Ils obéissent à l'impératif de libre entreprise et de libre-échange, qui constituent les règles du néolibéralisme économique.

Sans entrer dans les détails de la controverse qui oppose les « altermondialistes » à ce choix économique, on peut recommander la lecture du texte de la conférence de Bernard CASSEN (mars 2006), intitulée « Comment la mondialisation néolibérale détruit les sociétés rurales : résistances et alternatives ».

L'OMC se trouve d'ailleurs en situation d'échec, en août 2006 !

Et les négociations en cours ont abouti à un constat d'échec fin 2007 !

 

 

Déclaration du Président Jacques Chirac au Sommet mondial du développement durable, Johannesburg, septembre 2002 : « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs. (…) La terre et l'humanité sont en péril et nous en sommes tous responsables. Il est temps, je crois, d'ouvrir les yeux. »

Les ministres du gouvernement français se sont réunis en novembre 2002 pour un séminaire sur le développement durable. Objectif : définir une stratégie nationale, en six points.

  1. L'activité économique
  2. L'aménagement et la gestion du territoire
  3. La prévention et la réduction des inégalités
  4. L'information et l'éducation
  5. L'action internationale
  6. L'exemplarité de l'État

    Un conseil du développement durable a été créé en janvier 2003.

    Une Charte de l'environnement a été adossée à la Constitution de la France en mai 2005.

    Mais la France a pris du retard sur ses propres engagements (Sources : Valeurs mutualistes, magazine des adhérents de la MGEN, n°224, avril 2003 ; Le Particulier, n°955, juin 2002) :

  • la loi de 1992 qui prévoyait la fermeture des décharges d'ordures ménagères pour le 31 juillet 2002 n'a pas été respectée; seulement 12% des déchets ménagers sont recyclés ; les ordures stockées en vrac fermentent, produisant des gaz à effet de serre (méthane, CO2, etc.)
  • la promesse de stabilisation, pour la période allant de 1990 à 2010, des émissions de gaz à effet de serre, signée à Kyoto en 1997, est vaine, car on va continuer de favoriser les transports automobiles (+10% d'émissions d'ici 2010, d'après la Commission interministérielle MIES)
  • l'écotaxe qui devait frapper les pollueurs est abandonnée, de même que la taxe sur les excédents d'azote (nitrates des engrais)
  • la pollution des eaux augmente (nitrates, pesticides, etc.) ; chaque année, en moyenne, ce sont 646 700 tonnes d'azote (d'origine agricole, en augmentation) et 44 000 tonnes de phosphore (d'origine urbaine et industrielle, stable ou en décroissance) qui sont déversées dans les eaux courantes, alors que la Convention OSPAR (1998) nous engage à réduire de 50% en 10 ans les apports en substances dangereuses en milieu marin
  • la part des énergies renouvelables dans la production d'électricité n'est que de 6% en 2003, alors que l'Union Européenne demande qu'elle atteigne ou dépasse 21% en 2010 ; pour l'énergie des panneaux solaires photovoltaïques, la France en est à 8 MW, l'objectif de l'UE étant de 150 MW

Site à consulter (2008)

Science et Vie, numéro spécial (juin 2008)  :

Construire un monde durable