Cette affirmation fera sans
doute bondir les antinucléaires, mais les données sont très
clairement exposées par cet expert, pour ce qui concerne les USA. Et nous
devons admettre qu'elles s'appliquent également à nous-mêmes,
Européens, à moins de devenir tous cyclistes, cavaliers
ou
de nous déplacer à pied !
Il
s'agit donc de fabriquer, aux USA, une quantité d'hydrogène évaluée
à quelque 230 000 tonnes par jour. La fabrication
de l'hydrogène exige beaucoup d'énergie, bien plus qu'il n'en fournit
par sa combustion. En l'extrayant de l'eau, ce qui constitue la seule
solution propre (par rapport à l'utilisation de charbon, etc.), il faudra
dépenser une énergie électrique d'environ 400 milliards de
watts (gigawatts, GW), soit le double de la production actuelle des USA.
On
doit donc envisager la construction de 800 centrales électriques au gaz
naturel (à cycle combiné) de 500 MW chacune, ou 500 centrales au
charbon de 800 MW, ou 200 barrages hydrauliques comme celui du Hoover Dam (2 GW),
mais tout cela est évidemment impossible (manque de sites pour les
barrages, épuisement en cours des gisements de gaz canadiens utilisés
par les USA) ou écologiquement inacceptable (production accrue de CO2
). Reste la possibilité de construire 100 centrales nucléaires du
type français actuel (chacune de 4 x 1 GW). Les réserves de combustibles
fissiles conventionnels (uranium et plutonium) pour alimenter de telles centrales
sont jugées suffisantes (500 à 1000 ans), en attendant la mise au
point, encore hypothétique, de centrales à fusion nucléaire
d'ici 50 ans ou plus. Il s'agit donc d'une solution nettement plus durable que
les précédentes. L'effort d'investissement n'est pas hors de portée :
au moins 400 G$, soit 1/20e du PIB des USA.
Mais
qu'en est-il des énergies renouvelables ? Paul M. Grant évalue
la production d'énergie des éoliennes à 100 W/m2
de sol au maximum (vent violent). En admettant que cette valeur ne soit que de
30% en moyenne, il faudrait couvrir d'éoliennes 130 000 km2
de sol américain, soit la surface de l'État de New York. Pour les
cellules photovoltaïques, avec une production maximale de 200 W/m2
(en plein soleil), réduite en moyenne à 20%, 20 000 km2
seraient nécessaires, soit la moité du Danemark.
Quant
à la production annuelle d'énergie électrique, par incinération,
à partir de la biomasse végétale (et en admettant que le
CO2 produit soit recyclé l'année suivante),
il faudrait cultiver une surface supplémentaire équivalente à
celle de l'État du Nevada pour obtenir 30% de plus que la biomasse de 2600
GW actuellement disponible aux USA. La fermentation anaérobie, qui produit
de l'hydrogène et du CO2, n'est pas envisagée.
L'utilisation
des sources renouvelables d'énergie, toutes liées à l'énergie
solaire (vents, rayonnement ou croissance des plantes vertes), mobiliserait donc
de grandes surfaces vierges. Au contraire, les centrales nucléaires
sont à la fois économes en nombre de GW/m2
et intéressantes en matière de préservation du paysage, des
espaces verts et de la biodiversité, comme le montre l'exemple choisi
par Grant : la centrale ultramoderne de Kashiwazaki Kariwa (côte ouest
du Japon), qui n'occupe que 4 km2, produit depuis 20 ans
8 GW durant 90% du temps, dans un paysage de dunes littorales parfaitement préservé.
Il suffirait donc de 233 km2 pour produire les 400 GW nécessaires
à la production d'hydrogène aux USA (ndlr : Grant ne tient
évidemment pas compte des centres de fabrication des barres de combustible,
ni de leur retraitement, tel que la France l'assure à La Hague pour les
Japonais eux-mêmes, et bien d'autres !).
Tout
recours massif aux énergies renouvelables, même en dehors de
la nécessité, pressante, de trouver un carburant de substitution
au pétrole, aurait des conséquences écologiquement désastreuses.
Elles ne pourront que servir d'appoint à la production d'électricité,
dans des sites très favorables.
Grant
rappelle, à ce sujet, la tentative récente d'augmenter la productivité
marine et, par conséquent, l'utilisation du CO2 par
le phytoplancton. On a pour cela déversé des sels de fer dans l'océan
Antarctique, au sud de l'Amérique. Après une croissance explosive
du phytoplancton, on a observé la libération de bromure de méthyle,
un poison de la couche d'ozone ! Ne jouons pas aux apprentis-sorciers