Les centrales électronucléaires (1)

 

Avantages et inconvénients de la fission nucléaire pour la production d'électricité

En attendant la réalisation éventuelle de centrales à fusion nucléaires (objectif des recherches effectuées à Cadarache, etc.), d'ici 50 ans ou plus, la production d'électricité peut se faire dans des centrales à fission nucléaire, à neutrons lents (éléments spontanément fissibles : uranium 235, plutonium 239) ou rapides (capables de « casser » d'autres noyaux lourds). Il n'est question ici que des premières.

 

Inconvénients

  1. Investissement énorme (d'où sa concurrence actuelle par les centrales au gaz naturel)
  2. Délais de construction très longs (environ 10 ans)
  3. Production d'un radioélément artificiel, le plutonium (Pu), à partir de l'uranium naturel (enrichi ou non en isotope U-235), d'où : (1°) le risque de prolifération des armes atomiques à d'autres pays (bombes à base d'U-235 ou surtout de Pu-239, principaux atomes fissiles), (2°) un problème de stockage ou recyclage du Pu et des autres isotopes artificiels très dangereux qui l'accompagnent (« actinides mineurs »), problème non résolu pour l'instant (la revue Sciences & Vie, n° 1070, novembre 2006, pages 98-111, publie un excellent compte rendu du débat organisé entre trois experts sur cette question, donnant un aperçu de la situation à cette date pour les déchets nucléaires français)
  4. Danger de fusion catastrophique de l'énorme masse de combustible qui forme le cœur de chaque réacteur nucléaire, en cas de : (1°) surchauffe accidentelle due à une défaillance du système de sécurité, à une défaillance humaine, à une inondation (ouragans, tsunamis, comme en 2004-2005), à un séisme, à la canicule (comme en 2003), (2°) destruction des enceintes de protection du réacteur (cuve d'acier, enceintes de béton) par une chute d'avion de ligne, un attentat terroriste, ou en cas de guerre (Général Buis : « En cas de guerre, un pays nucléarisé est impossible à défendre ») (Pour voir la région de Tchernobyl et les dégâts subis, visitez le site http://www.angelfire.com/extreme4/kiddofspeed/chapter1.html, c'est impressionnant ! Qu'adviendrait-il de l'Alsace, de Bâle et de Fribourg si Fessenheim explosait ?)
  5. Pollution radioactive de l'air, des sols et de l'eau par les centrales nucléaires, les usines d'enrichissement de l'uranium, les usines de fabrication du combustible, les usines de retraitement du combustible et les transports de substances radioactives (ces contaminations sont faciles à mesurer et peuvent être réduites à peu de chose, mais les négligences sont fréquentes, les intervenants en sous-traitance ne sont pas toujours bien formés et bien surveillés, et le tout a un coût élevé, qu'on est tenté de réduire lorsqu'il faut être concurrentiel !)
  6. Pollution thermique des eaux courantes (sauf en bordure de mer) ; en cas de sécheresse ou de canicule, le refroidissement des centrales devient impossible : il faut les stopper !
  7. Production surabondante d'énergie, qui entrave le développement des énergies renouvelables, entretien l'illusion d'une croissance indéfinie et encourage le gaspillage (alors que les économies d'énergie sont devenues vitales et que le nucléaire est et restera minoritaire dans la couverture de nos besoins en énergie )

    Pour une analyse scientifiques détaillée de la pollution radioactive, de la catastrophe de Tchernobyl et du problème du stockage des déchets, la lecture de l'ouvrage de François RAMADE, Introduction à l'écotoxicologie. Fondements et applications. (Lavoisier, 2007, 618 p., ISBN 978-2-7430-0944-1) est particulièrement conseillée. Le chapitre 9 est consacré à l'écotoxicologie nucléaire.

Avantages

  1. Moindre contribution à l' effet de serre grâce à des émissions de CO2 beaucoup plus faibles que pour les centrales électriques à charbon, fuel ou gaz naturel : c'est la raison pour laquelle on assiste à une relance du nucléaire (téléchargez les documents du CEA, « TroisièmeGénération.pdf », de 2003, et « SystèmesFuturs », de 2004). Toutefois, les évaluations sont imprécises (allant de 1,4 grammes en équivalents de CO2 par kilowatt-heure d'électricité produite durant tout le cycle de vie d'une centrale, jusqu'à 288 gCO2e/kWh, d'après une étude de Benjamin K. Sovacool, Université de Singapoure, 2008). La diminution inévitable de la qualité des minerais exploitables risque de l'augmenter. Et les émissions de CO2 sont bien plus faibles pour le photovoltaïque (32 gCO2e/kWh) et les éoliennes côtières (10 gCO2e/kWh).
  2. Combustibles très répandus (contrairement aux hydrocarbures), peu coûteux, dont les réserves peuvent encore durer des siècles, à condition de construire de nouveaux réacteurs (surrégénérateurs), sinon les gisements connus seront dit-on épuisés d'ici 50 ans ! Voyez le graphique ci-joint et téléchargez l'évaluation des réserves faite par le CEA en 2002
  3. Seul moyen de produire de l'électricité en grandes quantités et à bas prix, pour des industries grosses consommatrices (accessoirement, pour produire de l'hydrogène à partir de l'eau, en tant que carburant de remplacement lorsque les derniers gisements d'hydrocarbures seront en voie d'épuisement : voyez notre page spéciale « Hydrogène »)
  4. Indépendance énergétique (partielle et provisoire) des pays capables de construire et de gérer ces centrales
  5. Pollutions inférieures à celles des autres filières de production d'énergie électrique (d'après le rapport « ExterneE » de l'Union Européenne, 1998) et accumulation de déchets toxiques inférieure à celle de l'ensemble des autres industries (depuis 25 ans, 774 000 m3, contre 1 million de m3)

Prise à la gorge par une triple crise environnementale (énergie, climat, eau)
et incapable de maîtriser sa démographie,
l'humanité sera vraisemblablement forcée de continuer à utiliser le nucléaire
pour produire l'énergie nécessaire aux économies modernes,
mais l'avenir de cette filière est incertain.