La
fission du noyau atomique Les
seules réacteurs nucléaires actuellement capables de produire plus
d'énergie qu'on n'en fournit pour les faire marcher (« bilan
énergétique positif »), donc rentables, utilisent la
propriété tout à fait exceptionnelle de quatre isotopes
radioactifs lourds, deux isotopes de l'uranium (U-235 et U-233) et deux isotopes
du plutonium (Pu-239 et Pu-241), qui ont des atomes tellement instables qu'ils
se cassent spontanément dès que leur noyau est heurté par
un neutron thermique, c'est-à-dire un neutron dont l'énergie
cinétique (liée à son mouvement) est du même ordre
de grandeur (0,025 eV, électrons-volts) que celle des atomes ou
molécules soumis à l'agitation thermique ambiante (la chaleur).
Dans le cas des isotopes U-235 et Pu-239, cette fission du noyau produit
en moyenne 2,1 neutrons, d'environ 2 eV chacun, qui peuvent donc provoquer la
fission d'autres atomes, en une réaction en chaîne, qu'il
s'agit de contrôler par une substance (modérateur) qui absorbe
ces neutrons (eau légère ou lourde, graphite). L'énergie
obtenue est de 200 MeV par fission (des M = millions d'eV) ! Elle est surtout
liée à l'énergie cinétique des produits de fission
(deux atomes résultant de chaque fission), accessoirement au rayonnement
induit (radioactivité : particules comme les neutrons, les électrons
et les neutrinos radiations électromagnétiques gamma). Cet
énorme dégagement d'énergie, au sein même du combustible
nucléaire, apparaît sous la forme de chaleur. À
côté de ces éléments fissiles (essentiellement
U-235 et Pu-239, les deux autres étant rares), il existe des éléments
fertiles, qui peuvent être transmutés en éléments
fissiles par capture d'un neutron, soit directement (Pu-240 donne Pu-241), soit
après l'émission d'électrons (rayons ß). Le thorium
(Th-232) donne U-233, l'uranium U-238 donne Pu-239. Th-232 et U-238 sont des isotopes
abondants à l'état naturel, Pu-239 est un radioélément
artificiel. L'uranium
naturel est formé d'U-238 (99,2745%), d'U-235 (0,72%), d'U-233 (0,005%),
etc. On peut l'utiliser directement comme combustible, mais comme il ne fournit
que 1,33 neutrons par fission, le choix du modérateur et des autres matériaux
est limité. Ce facteur multiplicateur augmente vite avec le % d'U-235 :
il est de 1,83 pour un combustible enrichi à 3% d'U-235. On peut
alors utiliser l'eau légère (H2O), à
la fois comme modérateur et comme transporteur de chaleur (fluide
caloporteur). Et ces réacteurs peuvent être plus compacts. Les
centrales à neutrons lents (ou thermiques) Dans
les réacteurs (et centrales électronucléaires) à
eau pressurisée, l'ébullition de l'eau qui circule au contact
des gaines des barres de combustible est empêchée par un surpresseur.
Ce sont les plus répandus
actuellement (2/3 des centrales en fonctionnement en 2005). Leur principe et leur
architecture sont expliquées
sur le site internet de l'AREVA. Comme
ces réacteurs ne consomment que de l'U-235, avec une petite contribution
du Pu-239 formé, le gâchis est énorme et conduira rapidement
à une pénurie, les réserves minières classiques, actuellement
connues, qui couvrent seulement 40 à 50 années de consommation au
rythme actuel. Le retraitement du combustible usagé permet certes
la fabrication d'un combustible mixte U+Pu, le Mox, mais cette fabrication
est coûteuse, difficile, et le Mox ne peut être utilisé qu'une
seule fois, dans des réacteurs à neutrons thermiques adaptés
(du type EPR). Pour
une mise au point sur l'atome, les étoiles et l'énergie nucléaire :
Alessandra BENUZZI-MOUNAIX, 2008. La fusion nucléaire.
Un espoir pour une énergie propre et inépuisable. Belin, Pour
la Science, Paris, 127 pages.
| | Les
centrales à neutrons rapides Exemples
français : Phénix (modèle expérimental, qui
fonctionne à Marcoule, construit en 1973), SuperPhénix, construit
de 1977 à 1983 à Creys-Malveille, abandonné en 1998 à
la suite de nombreuses pannes et aussi en raison d'un coût de fonctionnement
prohibitif, sans compter les risques considérables. Dans
les réacteurs à neutrons rapides, il n'y a pas de modérateur,
donc moins de pertes d'énergie. L'enrichissement en U-235 est obligatoirement
plus poussé, en pratique il faut atteindre 15%. Le plutonium 239 y est
plus efficace (facteur multiplicateur = 2,4). U-233 également. La
contribution des éléments fertiles (U-238, Pu-240) est plus importante. Dans
un surrégénérateur, on parvient à « brûler »
entièrement l'U-238 et éventuellement le Th-232 (encore plus abondant
dans la nature, surtout en Inde). À la fin d'un cycle de fonctionnement,
le combustible contient environ 50% de Pu-239. Globalement, ces réacteurs
produisent donc plus de matières fissiles qu'ils n'en consomment, d'où
leur nom. Malheureusement,
les modèles actuels utilisent du sodium fondu comme caloporteur, à
la fois dans leur circuit primaire et dans leur circuit secondaire, ce qui fait
planer un danger d'incendie terrible. D'où leur quasi abandon en tant que
centrales de production. Ils sont encore plus coûteux que les centrales
à neutrons thermiques. Ils exigent le retraitement et le recyclage du combustible,
pour que la surrégénération ait un réel avantage.
Leur gestion est plus compliquée. Les
centrales électronucléaires ont-elles un avenir ? Pour
tenter de sortir de cette crise, la recherche progresse dans deux directions : - la
conception de nouveaux types de réacteurs à neutrons rapides
(4e génération, etc.)
- la
mise au point de centrales à fusion nucléaire ; c'est
le type de réaction qui fait briller le Soleil et les étoiles ;
les combustibles nécessaires sont très abondants (deutérium
extrait de l'eau de mer, tritium obtenu à partir du lithium, un
métal dont les réserves minières permettraient l'exploitation
durant 10 000 ans dans les conditions actuelles du marché) ;
la difficulté consiste à chauffer ce mélange à des
températures suffisantes (au moins 100 millions de degrés) pour
obtenir la fusion de tous les noyaux et le dégagement d'une énergie
calorifiques supérieure à l'énergie fournie à l'appareil,
rapidement et pendant un temps suffisant pour pouvoir l'exploiter dans une centrale
électrique.
Á
ces températures, le combustible se trouve à l'état de noyaux
atomiques débarrassés de leurs électrons (plasma),
un état de la matière dont les propriétés à
très haute température sont encore déconcertantes. La deuxième
condition de la fusion est l'obtention d'une forte densité du plasma. Trois
techniques de chauffage et de compression des plasmas de deutérium + tritium
sont expérimentées : -
le confinement magnétique d'un courant de plasma
chauffé par des
-
micro-ondes, dans un anneau (tokamak) ;
l'ITER prévu à Cadarache ne sera qu'un prototype expérimental,
financé et exploité par tous les grands pays, ce qui constitue un
exemple de coopération favorable au maintien de la paix
-
le confinement inertiel,
où le combustible est au
départ enfermé
- dans une microcapsule
de plastique (la cible), puis comprimé et chauffé par les faisceaux
convergents de lasers surpuissants, tel que le Laser mégajoule en construction
près de Bordeaux
-
la striction magnétique axiale,
où les micro-capsules
de combustible
- sont écrasées
au centre d'un cylindre de fils conducteurs, soumis à une décharge
instantanée et extraordinairement intense de courant électrique ;
le rendement de ces « Z-machines »
est meilleur que celui des lasers ; on a atteint 2-3 milliards de degrés,
ce qui ouvre des perspectives nouvelles à la fusion.
Les
défis techniques sont énormes, peut-être même insurmontables.
On prévoit que la fusion ne sera pas commercialement rentable avant 2080,
trop tard pour répondre à nos besoins croissants d'énergie.
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