La Bruche
prend sa source à 660 m d'altitude, au pied du Climont (965 m),
grand bloc de grès des Vosges posé sur le seuil qui sépare
deux grandes dépressions (bassins d'effondrement) : le Val de Villé
et le bassin de Saint-Dié. La cuvette du Hang
s'étend à l'ouest du Climont, vers Saâles, au nord d'une ligne
de crêtes occupée par deux autres sommets gréseux, l'Abatteux
(698 m) et le Voyemont (793 m), qui offre un panorama de toute beauté.
Ce
territoire bien délimité, à l'écart des voies de communication,
fait partie des communes de Bourg-Bruche et (ferme de l'Abatteux) Saâles.
Des verriers ont quitté Ribeauvillé
en 1722 pour s'y installer. Une verrerie fut construite en 1723. Vers 1750, la
colonie comptait 10 familles, catholiques. On trouve encore, çà
et là, du verre fondu. Dès 1743, la pénurie de bois condamnait
cette activité, qui prit fin en 1770. Les verriers étaient aussi
des agriculteurs, assurant leur propre subsistance. Il y avait une chapelle, gardée
par un ermite, à la fois prêtre et instituteur. Cette chapelle a
été restaurée récemment.
Dès
1730, un mennonite, nommé Anthon BÄCHER,
s'installa dans la ferme de L'Abatteux, louée à la commune de Saâles.
Il est décédé en 1735, laissant son épouse Magdalena
AUGSBURGER (décédée 1743) avec 7 enfants. L'aîné,
André « PÊCHEUR » (mort en 1756) fut déshérité
en raison de son mariage avec la fille d'un verrier et de sa conversion au catholicisme ;
il devint alors colporteur de verrerie. Sept générations de BÄCHER
se sont succédées dans cette ferme. Leur histoire, manuscrite, a
été reconstituée par les soins de MM. Armand et Robert BAECHER.
Magdalena
AUGSBURGER était la fille de Nicolas AUGSBURGER (né en 1644, Konolfingen,
canton de Berne, CH mort à Saâles, sans doute chez sa
fille). Nicolas était un compagnon de Jacob AMANN, fondateur de la branche
Amish des Ménnonites vers 1693 à Sainte-Marie-aux-Mines, où
l'on comptait en 1703 une cinquantaine de familles exilées de Suisse. Toutes
sont originaires de cette petite région du canton de Berne, située
au nord de Thun. Persécutés par les autorités, protestantes
zwingliennes, les anabaptistes de ce canton ont dû s'enfuir à l'étranger,
laissant sur place leurs propriétés, dont ils ont été
ensuite spoliés. Le groupe de Sainte-Marie-aux-Mines a dû se disperser
dès 1712, lorsque Louis XIV décréta leur expulsion du royaume.
Le Hang représentait sans doute un endroit discret, comme d'autres sites
d'altitude occupés par ces chrétiens, par ailleurs désireux
de s'isoler du monde. Des anabaptistes y sont déjà signalés
avant 1712. Les BÄCHER ont conservé jusqu'à la fin du 20e siècle
leur dialecte bernois comme langue maternelle.
La ferme Bacher-Dellenbach, construite au centre de la clairière aux alentours
de 1800 et abandonnée après 1950, comporte un linteau de réemploi
avec les initiales G.B. M.B. (des BÄCHER, sans doute) et la date 1762. Décrite
à l'état de ruine en 1982, elle est maintenant restaurée
et habitée.
Les
cultivateurs mennonites ont occupé une dizaine de fermes au Hang (la chronique
du pasteur Jean-Frédéric OBERLIN y recense même 12 « feux »
en 1805). Deux d'entre elles ont disparu, incendiées en 1949 et 1967 ou
68. L'histoire des mennonites de la vallée
est exposée plus loin.