Retour au menu , ou la suite : Les anabaptistes dans la vallée de la Bruche

Le Hang

Bibliographie

  • Antoine STENGER, La verrerie du Hang. L'Essor, n°135 (juin 1987), 8–12.
  • André DUBAIL, la ferme Bacher-Dellenbach. L'Essor, n°116 (octobre 1982), 14–19.
  • Jean MELLINGER, La source de la Bruche et la clairière du Hang. In : Bruche, Mossig, rivières vivantes, 2002, 15–17. Comité de gestion du bassin Bruche-Mossig, Holtzheim.
  • Documents privés de familles de fermiers du Hang (2002).
  • Souvenance anabaptiste, n°21 (2002). Voir la bibliographie de la vallée.
  • Jean SÉGUY, 1977. – Les assemblées anabaptistes-mennonites de France. Mouton, Paris et La Haye, 1977, 904 p.

 

Panorama de la cuvette du Hang, en direction du sud. Au fond, le Climont. La Bruche coule dans la forêt-galerie au milieu. Au premier plan : la route.

 

 

La Bruche prend sa source à 660 m d'altitude, au pied du Climont (965 m), grand bloc de grès des Vosges posé sur le seuil qui sépare deux grandes dépressions (bassins d'effondrement) : le Val de Villé et le bassin de Saint-Dié. La cuvette du Hang s'étend à l'ouest du Climont, vers Saâles, au nord d'une ligne de crêtes occupée par deux autres sommets gréseux, l'Abatteux (698 m) et le Voyemont (793 m), qui offre un panorama de toute beauté.

Ce territoire bien délimité, à l'écart des voies de communication, fait partie des communes de Bourg-Bruche et (ferme de l'Abatteux) Saâles. Des verriers ont quitté Ribeauvillé en 1722 pour s'y installer. Une verrerie fut construite en 1723. Vers 1750, la colonie comptait 10 familles, catholiques. On trouve encore, çà et là, du verre fondu. Dès 1743, la pénurie de bois condamnait cette activité, qui prit fin en 1770. Les verriers étaient aussi des agriculteurs, assurant leur propre subsistance. Il y avait une chapelle, gardée par un ermite, à la fois prêtre et instituteur. Cette chapelle a été restaurée récemment.

Dès 1730, un mennonite, nommé Anthon BÄCHER, s'installa dans la ferme de L'Abatteux, louée à la commune de Saâles. Il est décédé en 1735, laissant son épouse Magdalena AUGSBURGER (décédée 1743) avec 7 enfants. L'aîné, André « PÊCHEUR » (mort en 1756) fut déshérité en raison de son mariage avec la fille d'un verrier et de sa conversion au catholicisme ; il devint alors colporteur de verrerie. Sept générations de BÄCHER se sont succédées dans cette ferme. Leur histoire, manuscrite, a été reconstituée par les soins de MM. Armand et Robert BAECHER.

Magdalena AUGSBURGER était la fille de Nicolas AUGSBURGER (né en 1644, Konolfingen, canton de Berne, CH – mort à Saâles, sans doute chez sa fille). Nicolas était un compagnon de Jacob AMANN, fondateur de la branche Amish des Ménnonites vers 1693 à Sainte-Marie-aux-Mines, où l'on comptait en 1703 une cinquantaine de familles exilées de Suisse. Toutes sont originaires de cette petite région du canton de Berne, située au nord de Thun. Persécutés par les autorités, protestantes zwingliennes, les anabaptistes de ce canton ont dû s'enfuir à l'étranger, laissant sur place leurs propriétés, dont ils ont été ensuite spoliés. Le groupe de Sainte-Marie-aux-Mines a dû se disperser dès 1712, lorsque Louis XIV décréta leur expulsion du royaume. Le Hang représentait sans doute un endroit discret, comme d'autres sites d'altitude occupés par ces chrétiens, par ailleurs désireux de s'isoler du monde. Des anabaptistes y sont déjà signalés avant 1712. Les BÄCHER ont conservé jusqu'à la fin du 20e siècle leur dialecte bernois comme langue maternelle.

La ferme Bacher-Dellenbach, construite au centre de la clairière aux alentours de 1800 et abandonnée après 1950, comporte un linteau de réemploi avec les initiales G.B. M.B. (des BÄCHER, sans doute) et la date 1762. Décrite à l'état de ruine en 1982, elle est maintenant restaurée et habitée.

Les cultivateurs mennonites ont occupé une dizaine de fermes au Hang (la chronique du pasteur Jean-Frédéric OBERLIN y recense même 12 « feux » en 1805). Deux d'entre elles ont disparu, incendiées en 1949 et 1967 ou 68. L'histoire des mennonites de la vallée est exposée plus loin.

 

 

Ce pont sur la Bruche permet de gagner commodément à pied la ferme-auberge du Nouveau Chemin depuis la route goudronnée.