Le principe de précaution

 

Cultures génétiquement modifiées, et cultures conventionnelles et biologiques

Intervention sur le rapport Graefe zu Baringdorf

par Dominique Souchet, le 17 d?cembre 2003

Monsieur le Pr?sident, compte tenu de l'ampleur des diff?rents problèmes pos?s par les OGM sur lesquels aucune conclusion scientifique ?vidente ne s'impose, la question de la coexistence entre filière OGM et filière non OGM doit être envisag?e de manière durable et non comme une situation transitoire ^ g?rer en attendant que la filière OGM s'impose comme filière dominante, voire exclusive.

C'est l'agriculture traditionnelle et biologique qui est le droit commun et les OGM l'exception sous observation, et non l'inverse. Ce n'est pas sur la faisabilit? de filières non OGM qu'il faut s'interroger, mais sur les pr?cautions ^ prendre vis-^-vis des filières OGM pour que celles-ci ne contaminent pas celles-l^. Le rapporteur a raison de souligner l'insuffisance av?r?e de nos connaissances dans une s?rie de domaines cruciaux, qui doit nous inciter certes ^ la poursuite des recherches mais aussi ^ un comportement très prudent. Il s'agit de l'allof?condation, de la conservation hivernale des semences, de la concentration dans les sols, de la r?sistance, de la diffusion et de la diss?mination. Nous devons être très vigilants pour ?viter que les dispositions qui sont adopt?es en matière d'autorisation, de traçabilit? et d'?tiquetage ne soient contourn?es par des dispositions qui seraient trop vagues, incertaines ou peu claires en matière de coexistence, cr?ant ainsi un fait accompli qui balaierait tous ces dispositifs de pr?caution.

Prenons garde ^ ne pas placer nos agriculteurs en situation d'apprentis sorciers auxquels l'opinion publique attribuerait immanquablement les cons?quences n?gatives d'une diss?mination g?n?ralis?e des OGM. Ils ont d?j^ beaucoup donn? avec les farines animales et le Gaucho. Veillons donc ^ ne pas rendre le maintien des filières traditionnelles tellement complexe que les agriculteurs seraient pouss?s ^ les abandonner au profit des OGM. C'est ^ celui qui introduit une culture ^ risque d'assumer l'ensemble des cons?quences de ce risque. C'est celui qui prend le risque de contaminer qui doit supporter les co?ts de pr?vention et de gestion de ce risque vis-^-vis des autres cultures et de leurs utilisateurs et en assumer seul la responsabilit?.

Cette question de ma"trise de la cohabitation des filières va devenir une question centrale d'am?nagement du territoire. Des orientations sp?cifiques doivent pouvoir être librement choisies ^ l'?chelle nationale ou r?gionale. Si les ?lus, les agriculteurs et les autres acteurs locaux d'un territoire souhaitent par exemple que celui-ci soit exempt d'OGM, ils doivent pouvoir le d?cider en toute libert?, sans que la Commission y mette obstacle au nom de je ne sais quelle distorsion de concurrence plus ou moins imaginaire. Nous voterons donc, Monsieur le Pr?sident, en faveur de ce rapport d'initiative, qui pose les bonnes questions sur un sujet de soci?t? essentiel.

Explication de vote sur le rapport Graefe zu Baringdorf

par Georges Berthu, le 18 d?cembre 2003

Je soutiens entièrement les conclusions du rapport Graefe zu Baringdorf, ainsi que celles de mon collègue, M. Souchet, dans son intervention d'hier, sur la coexistence des cultures OGM et non OGM. C'est un problème majeur, qu'on n'a pas le droit de laisser de c(TM)t? en donnant imm?diatement des autorisations de culture et de commercialisation d'OGM, comme l'aurait voulu la Commission.

Il faudrait d'abord ?tudier soigneusement les risques de contamination des cultures traditionnelles, que 70 % des consommateurs veulent au moins pr?server. Il faudrait ensuite ?tablir (si c'est possible) des règles de coexistence prudentes, et faire peser les responsabilit?s et les co?ts d'introduction des OGM sur les entreprises b?n?ficiaires d'autorisations. Enfin, il faudrait pr?voir l'existence de garanties financières pour couvrir ces responsabilit?s.

Or rien de tout cela n'est ?clairci aujourd'hui. C'est pourquoi il est r?voltant de voir la Commission prête ^ donner des autorisations, en prenant pr?texte de la subsidiarit? pour rejeter sur les ?tats la t?che quasi-impossible d'?tablir les règles de coexistence, et tout en interdisant ^ ces mêmes ?tats de d?clarer certaines zones r?gionales exemptes d'OGM (d?cision du 2 septembre 2003 de la Commission ^ l'encontre de l'Autriche). Ce dossier est trait? avec un intol?rable m?pris des citoyens.

Explication de vote sur le rapport Graefe zu Baringdorf

par Dominique Souchet, le 18 d?cembre 2003

Je suis satisfait de l'accueil positif r?serv? par le Parlement au rapport Graefe zu Baringdorf, mais surpris par le vote de d?put?s, notamment français, favorables ^ la diss?mination de nouvelles vari?t?s d'OGM avant l'?tablissement de règles contraignantes sur la coexistence. Certes, l'ambition des firmes semencières qui ont consacr? des financements importants ^ la recherche et ^ la mise au point de vari?t?s g?n?tiquement modifi?es est très logiquement d'obtenir dans le plus court d?lai possible un retour sur investissement maximal. Elles tendent donc tout naturellement ^ accr?diter l'id?e de la g?n?ralisation in?luctable d'une nouvelle g?n?ration de semences, appel?e ^ se substituer rapidement aux semences am?lior?es sans modification g?n?tique, comme s'il s'agissait d'un ph?nomène analogue ^ la substitution de la traction m?canique ^ la traction animale. Un tel basculement vers l'uniformisation des semences - le tout-OGM - et la disparition corr?lative des filières traditionnelle et biologique remettraient en cause la diversit? agricole de nos territoires europ?ens et donc la sp?cificit? des produits qui en sont issus. Le combat pour la diversit? agricole, pour la pluralit?, effective et durable, des filières est donc une partie int?grante et essentielle du combat pour la diversit? culturelle.

 

 

Le principe de précaution, appliqué aux OGM, est l'objet de débats au Parlement Européen.

L'intervention de Dominique SOUCHET, député français (groupe MPF), suivie des explications de vote de Georges BERTHU et de l'intervenant lui-même, correspond bien aux souhaits des adhérents des associations de protection de l'environnement.

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