On assiste
au remblaiement progressif de tous les fonds de vallées. Cette évolution
du paysage, jadis très modérée, s'est accélérée
depuis l'apparition d'engins de chantier et de moyens de transport, de plus en
plus puissants : bulldozers, pelleteuses, camions. Il en existe à
présent des versions miniatures, que chaque particulier peut louer et conduire
lui-même pour effectuer des travaux sur son terrain. On a même vu,
au début de 2002, une association locale d'utilisateurs de véhicules
4x4 se lancer dans la « rénovation » d'anciens chemins
forestiers à coups de bulldozers, en affichant dans la presse sa ferme
intention de faciliter ce type de « loisirs verts ». Comme
si les Vosges n'étaient pas suffisamment truffées de chemins d'exploitation
et de routes goudronnées. Il est vrai que les intentions « vertes »
de cette association sont apparues clairement lorsqu'elles s'est engagée
dans des manifestations contre le projet européen Natura 2000 !
L'artificialisation
des surfaces est combattue par les organisations de défense de la nature
et du cadre de vie. L'Homme ne peut pas vivre sainement dans un environnement
artificiel : bien qu'il se soit soumis lui-même à une auto-domestication
involontaire en échappant à sa condition initiale d'animal sauvage,
au fil des millénaires, et que la plupart de nos concitoyens soient maintenant
confinés dans des villes, ils aspirent encore à « vivre
au vert » et beaucoup fuient la ville à la moindre occasion.
Devront-ils remonter la vallée dans une « gouttière
de béton » comme on a commencé d'en construire une, à
grands frais, lorsqu'on a transformé la N420 en 2x2 voies sur deux tronçons ?
Ces portions à 4 voies ne font qu'encourager les excès de vitesse,
comme chacun peut le constater (calez-vous à 110 km/h, et vous verrez !).
Le
fond des vallées est menacé en priorité. La carte des zones
inondables n'a été dessinée qu'en 1990, grâce à
une inondation dite « centennale », mais qui pourrait bien
se reproduire plus vite qu'on croit, et en plus fort. Il n'y a pas de différences
bien nettes avec les zones humides, marquées par le développement
de plantes de haute taille, comme les reines des prés (l'association appelée
« mégaphorbiaie » par les botanistes). Ces dernières
zones peuvent aussi occuper les pentes humides.
Toutes
ces zones devraient être strictement inconstructibles et ne jamais être
remblayées. Elles constituent des biotopes irremplaçables, elles
permettent l'alimentation des nappes phréatiques (80% des Alsaciens boivent
de l'eau de la nappe rhénane, alimentée par le Rhin, l'Ill et leurs
affluents), elles retiennent une grande quantité d'eau en cas de pluviosité
exceptionelle ou de brusque fonte des neiges (comme en février 1990), ce
qui empêche l'inondation ou atténue ses effets pour les populations
qui résident en aval (solidarité amontaval, dont l'Union Européenne
se préoccupe). On peut admettre qu'une partie des zones humides, non inondables,
soient utilisées pour créer des zones industrielles fortement
créatrices d'emplois et des zones d'habitation collectives,
mais une partie seulement. Avis à nos élus, qui ont tendance à
consommer toute la place disponible ! Après, il n'y en aura plus,
tout aura été privatisé !
Les
solutions : (1°) réhabiliter les zones d'activité et d'habitation
anciennes, et (2°) louer, au lieu de vendre, les surfaces aménagées.
Sans oublier d'économiser les surfaces.