À
travers la poterne, orientée vers le haut de la vallée de
la Bruche, la vue donne sur La Broque, située de l'autre côté
de la Bruche et du ruisseau de Framont. Ces cours d'eau séparaient jusqu'au
2 mars 1793 l'Alsace de la Principauté de Salm. Isolée en
plein territoire français après la Révolution de 1789, cette
principauté a dû se soumettre à la France. L'origine de ce
territoire, autrefois indépendant au sein du Saint Empire Germanique, remonte
à la fondation de l'abbaye de Senones, qui ferait partie de la série
d'abbayes fondées par les moines irlandais après 590 (la première
étant celle de Luxeuil), mais cette filiation n'est pas prouvé par
un document d'époque. L'abb? de Senones, Vicpode, vers 800, a fond?
au pied de la « C(TM)te de Fr?conrupt » (à droite dans la poterne)
le prieur? Saint-Sauveur. Ce fut le noyau de la localité de La Broque,
dont le quartier le plus ancien s'appelle Vipucelle ( « le prieur?
de Vicpode », en latin « Vicpodicella »). Le château des
comtes de Salm avait été construit vers 1200 sur un promontoire
gréseux, visible d'ici même au-dessus du village de Fréconrupt,
perché sur la montagne d'en face. On comprend que l'évêque
de Strasbourg, devenu en 1225 le seigneur des territoires situés sur
la rive droite de la Bruche et de la Rothaine jusqu'à Natzwiller (ancien
fief des comtes de Dabo-Eguisheim, lignée éteinte à cette
date), ait jugé nécessaire de faire construire ici une forteresse
à la frontière ouest de son domaine seigneurial et de son diocèse.
La date de la construction du château « Schirmeck »
(le coin protégé, ou protecteur) n'est pas connue :
elle se situe entre 1241et 1290, d'après un document de 1315 rédigé
à l'abbaye de Haslach. Le bourg castral qui s'établit au pied de
la Côte du Château, dépendance de la paroisse de Barembach
(974), aurait été fortifié par l'évêque Jean
de Dürbheim (13061328), ce qui explique le nom de « la Neufville
en Barembac » qui lui est encore attribué en 1328, nom encore
utilisé au 18e siècle par les Lorrains.
Mais
l'évêque, désargenté, dut vendre son château
au comte de Salm en 1366, qui le céda à d'autres féodaux
plus ou moins ruinés et obligés de se le partager en copropriété.
Jusqu'en 1503, où l'évêché de Strasbourg fit
jouer son droit de retour et le restaura. Il racheta un peu plus tard (15391542)
à l'abbaye d'Andlau le fief qu'elle possédait depuis des
siècles sur la rive gauche de la Bruche, jusqu'au ruisseau de Framont (le
versant opposé à la Côte du Château), ce qui lui permit
de donner à Schirmeck, confirmé dans son rang de ville (remparts)
mais jusqu'alors dépourvue de ban, les terres et les forêts qu'elle
possède encore, ainsi que les villages de Wackenbach et de Stoerbach
(ce dernier disparu). Schirmeck devint à cette époque le principal
lieu de passage des convois qui traversaient les Vosges en passant par le col
entre les deux Donons, reliant Strasbourg à Metz depuis l'époque
romaine.
La ville de Schirmeck prit alors son essor, mais ne disposait
encore que d'une chapelle, la chapelle St. Sébastien, qui existait au moins
depuis 1570. Elle fut détruite en 1753-54 pour permettre la construction
de la première église, qui subsiste encore, bien que sa tour ait
été reconstruite en 1778 et que l'édifice ait été
remanié en 1846.